Salon du Livre 2018 : "Artiste n'est pas un manga sur la gastronomie française", l’interview de la mangaka Taro Samoyed


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Invitée lors du Salon du Livre, la mangaka japonaise Taro Samoyed nous explique comment son premier manga, Artiste, chef d’exception, a vu le jour. Découvrez notre interview !

Le Salon du Livre est l’occasion de faire des découvertes. Du côté des éditions Glénat, le manga culinaire Artiste, un chef d’exception ne passe pas inaperçu avec son pitch nous promettant de découvrir l’envers du décor des grands restaurants parisiens. Et effectivement, on n’a pas été déçu ! Dans celui-ci, il n’est pas question de s’attarder sur la réalisation de bons petits plats mais sur l’histoire authentique d’un jeune homme très doué en cuisine mais qui se retrouve à la plonge, à cause de son manque de confiance en lui. Artiste parvient donc à nous séduire avec ce chef en devenir qu’on voit évoluer aux côtés d’une palette de personnages très diversifiés mais aussi avec son décor français bien exploité. Après s'être entretenue avec la mangaka Kamome Shirahama (L’Atelier des Sorciers), la rédac' de melty a eu l'occasion de rencontrer Taro Samoyed, qui est revenue sur la naissance de son premier manga.

Le tome 1 est sorti le 7 mars en France
Le tome 1 est sorti le 7 mars en France
Comment vous est venue l’idée de départ ? Pourquoi avoir choisi de travailler sur un manga culinaire ?

Après avoir fait une école d’arts, j’ai travaillé dans une société de jeux vidéo. J’ai toujours collaboré avec des artistes et en les voyant, je me suis dit que je voulais en faire le sujet d’un manga. J’ai ensuite réfléchi aux nombreuses formes d’art qui existent. Comparée à la musique ou au dessin, la cuisine était pour moi celle qui était la plus propice à être représentée en manga, que ce soit visuellement avec les plats qu’au niveau de l’histoire. En plus, c’est un domaine qui touche tout le monde, quels que soient son âge ou sa nationalité.

Sur le plan culinaire mais aussi psychologique, comment vous êtes-vous documenté pour Artiste ?

D’une part, je regardais de nombreux films et documentaires sur la cuisine ainsi que sur la culture française et européenne. D’autre part, je lisais beaucoup d’essais et de livres écrits par des chefs français, qui souhaitaient partager leur expérience avec des Japonais. En tout cas, Artiste est une histoire 100% fictive.

Votre manga se situe à Paris. Pourquoi avoir choisi cette ville et que vous inspire la gastronomie française ?

J’ai voulu que mon manga se déroule à Paris, où je n’ai jamais vécu mais que j’ai découvert lors d’un échange universitaire, car c’est une ville qui regorge de restaurants et dans laquelle on retrouve une multitude de saveurs. Pour moi, la France a une grande liberté culinaire qu’on ne retrouve pas partout.

Pouvez-vous présenter Gilbert, votre héros ? En quoi est-ce important qu’il soit entouré d'une palette de personnages aussi différents ?

Gilbert est Français mais il a quelques traits de caractère japonais comme son côté timide. Il n’est pas sûr de lui car il se considère comme un simple ouvrier en cuisine. Je voulais qu’il soit en contact avec des personnages différents pour que ces derniers le fassent évoluer. C’est en discutant avec les autres que ce jeune homme sans passion et sans amis, va prendre conscience qu’il peut devenir un artiste à part entière.

Gilbert, le héros de l'histoire
Gilbert, le héros de l'histoire
Ce premier volume raconte l'histoire d'individus qui ont du mal à trouver leur voie. À travers eux, quel message voulez-vous faire passer ?

On a tendance à s’orienter vers des études qui correspondent à notre niveau scolaire. Mais plutôt que de se limiter à son âge ou à ses capacités, je pense qu’il est très important de réfléchir à ce qu’on aime pour pouvoir trouver sa voie.

Gilbert est quelqu’un de très modeste, ce qui contraste avec les grands hôtels dans lesquels il se rend. Pourquoi mettre l'accent sur cette différence ?

Cela vient de mon expérience personnelle. Quand je travaillais pour la société de jeux vidéo, il y avait énormément de personnes très douées mais qui n’étaient pas très à l’aise à l’oral. Je voulais donc montrer que tant qu’on a du talent, on peut travailler n’importe où.

En quoi est-ce important de démontrer la sévérité du milieu ? 

Ce n’est pas vraiment la sévérité du milieu que je voulais démontrer mais plutôt la difficulté de travailler en équipe. Je souhaitais également souligner la satisfaction qu’on peut tirer lorsqu’on réussit à dépasser nos différends pour atteindre un objectif.

À la fin du tome 1, Gilbert s’apprête à travailler avec Victor Maigret. Qu’est-ce qui nous attend dans la suite de la série ? Continuera-t-elle d’explorer la vie à Paris ?

Gilbert sera confronté aux très fortes personnalités que le chef Maigret a réuni. Il devra relever différents défis, notamment lorsqu’il sera face à ces nouveaux personnages. Venant d’emménager dans son nouvel appartement, il rencontrera également de nombreux artistes et va apprendre à les connaître.

Avez-vous déjà une idée de la longueur de la série et de comment elle va se terminer ?

Au Japon, un auteur ne peut pas vraiment être décisionnaire de la longueur de sa série puisque si le succès n’est pas au rendez-vous, celle-ci s’arrête. Dans l’idéal, j’aimerais qu’Artiste dure le plus longtemps possible. Je n’ai pas décidé de la fin, j’hésite encore.

Artiste attise la curiosité des lecteurs car il a pour décor la France. Comment a-t-il été accueilli au Japon et comment se déroule la rencontre avec le public français ?

Au Japon, il existe beaucoup de mangas culinaires, qui mettent l’accent sur la nourriture en elle-même. Artiste n'est pas un manga sur la gastronomie française alors lorsque certains l'achètent, ils sont déçus. Mais pour d’autres, c’est une bonne surprise. Ils se disent : "Oh, je n’avais jamais rien lu de tel jusqu’à maintenant". Lorsque je travaillais sur ce manga, j’étais persuadée que les Français allaient très mal le prendre. Le fait d’avoir eu de bons retours m’a donc fait extrêmement plaisir.

Crédit : Glénat