Japan Expo 2018 : "A Silent Voice a ouvert le débat sur le traitement des malentendants", rencontre avec Yoshitoki Oima (To Your Eternity)


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La mangaka japonaise Yoshitoki Oima a donné plusieurs conférences à la Japan Expo 2018. L’occasion pour nous d’en savoir plus sur A Silent Voice et To Your Eternity !

Il y a un an, on a découvert To Your Eternity, une histoire étrange, qui nous plonge dans les aventures d’Imm, une entité immortelle capable de prendre l'apparence des animaux et des personnes qu’elle a croisé. Depuis, plusieurs tomes sont sortis et on est toujours aussi fascinés par l’histoire de Yoshitoki Oima, qui est également l’auteure de A Silent Voice. Invitée lors de la Japan Expo 2018 en partenariat avec Pika Édition, cette dernière a donné plusieurs conférences, dont l'une aux journalistes, pour partager sa passion et parler plus en détails de ses œuvres atypiques et touchantes.

Yoshitoki Oima
Yoshitoki Oima
Pourquoi avoir choisi de devenir mangaka ? Comment s’organise votre semaine de travail ?

Je n’ai pas vraiment choisi de devenir mangaka, c’est venu naturellement. Rejetée de mes camarades, je passais beaucoup de temps à dessiner dans mon coin. En grandissant, je n’imaginais donc pas faire autre chose ! Pour moi, le dessin est une source d’apaisement. Je consacre deux jours de la semaine à rencontrer mes responsables éditoriaux et à travailler sur mes story-boards. Et je passe les cinq autres jours de la semaine sur mes planches. Des assistants viennent m’aident trois jours par semaine.

D’où vous vient votre style de dessin ?

J’ai été très influencée par Yūzō Takada. Je m’inspire notamment de son travail sur la musculature et la souplesse du corps ou encore les scènes d'action lumineuses et fluides. Il m’est arrivée également de parcourir des Comics, que je ne lis pas mais que je regarde pour leurs dessins. J’ai deux recueils "Euro Mangas" et j’adore Blacksad, dont les dessins sont vraiment dingues.

Quel impact A Silent Voice a-t-il eu au Japon ?

A Silent Voice a ouvert le débat sur le traitement des malentendants et des sourds au Japon, sans forcément amener à des changements politiques. C'était plus un appel à la discussion.

Shoya et Shoko
Shoya et Shoko
D’où vous est venue l’idée de To Your Eternity ?

J’ai eu l’idée de To Your Eternity avant de travailler sur le one shot de A Silent Voice mais l'enchaînement des projets a fait que je n’ai pas pu le concrétiser avant. J’ai créé le chara-design d’Imm lorsque j’étais au collège et j’ai décidé de le rendre immortel après avoir lu 3x3 Eyes de Yūzō Takada. Avoir un personnage qui ne peut pas mourir est intéressant car le suicide n'est jamais un choix qu'il peut envisager, contrairement à Balot dans Mardok Screamble ou Shoko dans A Slient Voice. Je le fais donc volontairement souffrir et je suis consciente que de toujours faire mourir les personnages secondaires est un schéma qui peut entraîner de la frustration chez les lecteurs mais je l’assume complètement.

De quels sujets de société souhaitez-vous parler dans vos œuvres ?

Dans To Your Eternity, je présente des personnages qui doivent persévérer pour atteindre leur but. Cela correspond à une certaine vision de la société, où tout le monde dit que si tu veux changer, tu n’as qu’à tout faire pour. Or, ce n’est pas si simple et cela passe par des phases de souffrance. Je voulais déjà transmettre cette idée dans A Silent Voice et je pense y être mieux parvenue dans To Your Eternity. Le thème des personnes en souffrance est d’ailleurs récurrent dans mes œuvres. Je souhaite également traiter de la notion d'acceptation et de tolérance car chacun de nous évolue dans des contextes et des environnements différents. Et c’est capitale de s’entre-aider !

Vos œuvres véhiculent une vision assez pessimiste de la réalité et de l’humanité. Pourquoi ?

Je ne suis pas une personne naturellement joyeuse, c'est donc plus facile pour moi d'aller vers des sujets durs et de les traiter de façon pessimiste.

Pourquoi aimez-vous mettre en scène des enfants ?

Les enfants sont incontrôlables et pleins d’émotions. Ils rendent les histoires faciles à raconter et permettent facilement de débloquer des situations.

Crédit : Pika Editions